L’empathie : une posture humble et courageuse

Pour mes coachings et les personnes que j’accompagne, je me replonge souvent dans le « Jardin d’Epicure – Regarder le soleil en face » d’Irvin Yalom. J’ai relu récemment les pages qu’il consacre à l’empathie et au même moment je lisais l’article d’Anne-Laure Gannac à ce sujet dans Psychologies Magazine de juin « Peut-on vraiment se mettre à la place de l’autre ».

J’ai été interpellé il y a peu de temps par une cliente dans un de mes groupes : « vous n’avez pas de cancer, vous ne pouvez pas savoir ce que l’on vit ». C’est vrai. Non, je n’ai pas vécu l’épreuve de la maladie, non je n’ai pas vécu toutes les situations de souffrance au travail qu’apportent en coaching mes clients. Cependant, ce qui me permet d’être présente aux personnes que j’accompagne et leur permettre de poser les choses, c’est l’empathie.

L’empathie permet de s’ouvrir à la réalité de l’autre, de l’accueillir dans sa souffrance quelle qu’elle soit, unique et singulière. Irvin Yalom nous dit « L’empathie est l’outil le plus puissant dont nous disposions pour entrer en relation avec autrui. C’est le ciment des relations humaines qui nous permet de sentir profondément en nous ce qu’un autre éprouve ». C’est le ciment des coachings que je réalise, ce qui permet de créer le lien avec la personne accompagnée, cet accueil sans condition de ce qu’elle vit à l’occasion d’une situation professionnelle difficile, d’une relation à l’autre maltraitante, d’un événement majeur. L’empathie amène à être pleinement présent à l’autre « j’entends ce que tu vis, je suis là pour toi ». Il est clair que cela nécessite « d’accepter d’affronter ses propres craintes et de rejoindre l’autre sur un même terrain. Faire ce sacrifice pour l’autre est la base d’un véritable acte de compassion, dicté par l’empathie. Accepter de communiquer avec sa souffrance a fait partie des traditions de consolation, séculières autant que religieuses, pendant des siècles » ajoute Irvin Yalom.

Alors avons-nous perdu ces traditions, avons-nous oublié de les transmettre ? Il est vrai que ce n’est pas chose facile dans nos vies agitées, stressées et axées sur le faire plutôt que l’être. La solution facile et rapide est souvent face à une personne en difficulté de lui proposer les idées et solutions clés en main (en général celles qui ont marché pour soi, ou qui semblent tellement évidentes) ce qui revient, comme l’explique très bien Anne-Laure Gannac dans son article de Psychologies Magazine, à faire une projection inconsciente de soi et prendre le pouvoir sur l’autre. Ceci est inopérant voire néfaste : la personne en difficulté n’est probablement pas prête pour cette solution, et peut même se sentir « nulle » de ne pas y arriver. Pour Jacques Lecomte une « posture empathique consiste à ne pas vouloir être une grande bouche, pour conseiller, ou une grande main pour montrer comment faire, mais une grande oreille. »

La clé est donc dans la prise de recul nécessaire que l’on adopte dans l’empathie par rapport à l’autre et par rapport à sa problématique. Carl Rogers explique que l’empathie « c’est sentir le monde privé de l’autre comme s’il était le vôtre, mais sans oublier la qualité du « comme si » ». Pour Jacques Lecomte « la vraie empathie consiste à tenter de comprendre l’autre de l’intérieur, tout en ayant conscience que cela reste impossible, donc en restant vigilant à ne pas trop empiéter sur lui. » C’est vraiment se mettre à l’écoute de l’autre, en totale présence à l’autre, au service de l’autre et de ses besoins.

L’empathie doit-elle rester une posture de psy, de coach ou d’ami proche ? Combien de mal-être, de mal-entendu et donc de mal-traitance seraient évités en entreprise si chacun était capable d’habiter cette posture empathique dans des situations clés qui nécessitent une grande humanité? Les personnes que j’ai accompagné dans leur retour au travail après un cancer, n’ont qu’un besoin quand elles redeviennent des salariés : de l’empathie.

Seulement la posture empathique est une posture humble, bienveillante et de bonté. Ces valeurs tendent à devenir rares dans l’entreprise, dans nos relations aux autres, et même dans nos relations sociales et familiales. Il y a pourtant tant d’abondance à rencontrer dans ce don ! Je savoure la chance que j’ai aujourd’hui d’être en lien avec autant de personnes empreintes de ces valeurs et je veux ici leur dire merci pour le courage qu’elles ont d’oser l’empathie !